mai 1, 2024
Au Canada, des travailleurs étrangers se retrouvent coincés, voici pourquoi : 👇De plus en plus d’immigrants invités au Canada sur un contrat de travail de deux ou trois ans se retrouvent sans emploi à cause du ralentissement économique. Ils sont nombreux à alors plonger dans la misère, coincés entre un permis de travail invalide et un plan d’immigration anéanti.
est sans travail depuis trois mois. On l’avait invité en octobre dernier à travailler « temporairement » dans une manufacture de l’Estrie. L’employeur lui avait fourni un permis de travail fermé accompagné d’une promesse de salaire durant deux ans. Or, quelques semaines plus tard, on l’a congédié. Son rêve canadien s’est depuis transformé en cauchemar. Nous utilisons un prénom fictif pour ne pas nuire à ses chances de retrouver du travail.
« Ça se passait bien, les premiers jours… » raconte au Devoir le Tunisien d’origine, visiblement démoralisé.
La manufacture qui l’accueille le place au poste convenu dans le contrat. Mais on le relègue bien vite aux tâches de journalier. Le salaire est plus faible que celui initialement promis ; la tâche, plus éreintante. Coincé dans un permis de travail fermé qui l’empêche de travailler pour une autre entreprise, il plie l’échine. « Je donne alors mon 200 % pour obtenir et garder mon poste », explique Mohammed, conscient du peu de force de négociation qu’il possède vis-à-vis d’un employeur à qui il doit sa présence même au Canada.
Avoir su, je ne serais pas venu au Canada
— Mohamed
Le peu de considération de ses supérieurs s’amenuise au point où, à peine quatre mois après le début de son contrat, on le congédie. Une des raisons données : « problème d’intégration ». Impossible pour lui de rebondir ailleurs dans la société québécoise, car le nom de cet employeur est inscrit noir sur blanc sur son permis de travail. « Je ne croyais pas qu’ils allaient faire ça », souffle-t-il. « Ce jour-là, je suis tombé dans une dépression totale. Je sais plus où aller. »
Ses options se réduisent à peu de choses. Ou bien il repart vers sa Tunisie natale, là où il a « tout quitté » et n’a plus rien. Ou bien il demande un nouveau permis de travail, ce qui peut prendre des mois. Ou bien il travaille au noir, une chose qu’il ne peut se résoudre à faire. Pour l’instant, il touche à peine 800 $ par mois en assurance-emploi. « Avoir su, je ne serais pas venu au Canada. »
D’autant plus grave, il affirme avoir été harcelé par des patrons. Le syndicat local le défend, a pu confirmer Le Devoir, mais Mohammed entretient peu d’espoir. « Ça peut prendre un à deux ans pour avoir un arbitre », soupèse le travailleur. « Je vais rester un ou deux ans au Canada pour avoir mes droits ? »